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Dossier OGM

Le transgénique généralisé est une farce dangereuse, par le Pr Bernard HERZOG


Je ne peux m’empêcher de sourire quand je vois certains frapper des mains et applaudir en disant : bravo la "Science", bravo pour sa découverte d'une merveilleuse nouveauté. Ne soyons pas simplistes ! J'applaudis moi aussi si cela peut permettre à l'espèce humaine, à l'homme, d'être mieux lui-même. Mais cela me révolte quand je perçois que cela va l'induire dans un "esclavagisme" plus important qu'on ne puisse l'imaginer.
Nous avons tous applaudi lorsque, dans nos cours d'histoire, on nous a enseigné que, suite à la Révolution, l'homme était libre et qu'il naissait libre. Cela ne faisait d'ailleurs que reprendre un thème religieux fort ancien. Mais le commerce d'une population noire se poursuivait quand même, entre autres, et les négriers ne s'en plaignaient pas. Eh bien, comme le montre brillamment Jeremy Rifkin dans son étude du processus à l'oeuvre aux USA depuis vingt ans, nous nous retrouvons dans une semblable position : nous allons devoir nous battre contre des négriers d’une nouvelle espèce.
Lorsque la maladie de Creutzfeldt-Jacob, dite de la "vache folle", a été rendue publique, une large population bovine était déjà touchée, mais on a évité de relever tout ce qui était nourri par les mêmes produits, c'est-à-dire les populations porcine, ovine, les volailles et même les poissons de culture. Certes, les autorités politiques et sanitaires ont imposé rapidement des réglementations, précisant qu'il fallait éviter de manger tel ou tel morceau, tels ou tels abats. Réfléchissons un peu : une vache contaminée, l'est aussi bien, même si c'est à un autre degré, dans la cervelle que dans son jarret ou dans son lait. Le lait est une famille de protéines. Mais, si nos experts l'avaient brutalement annoncé, toute l'économie agricole et le commerce agro-alimentaire se seraient effondrés. Cela aurait provoqué une révolte civile. Alors, on préfère voir cette maladie se développer et muter sur quelques vingt voire quarante ans pour ne pas effrayer la population.
Eh bien, nous sommes déjà en pleine révolte génétique sans trop nous en apercevoir. Nos champs sont en train d'être mutés. On aura des herbes mutées, des fleurs mutées, des hybrides. Déjà les paysans ne peuvent plus ensemencer ce qu'ils veulent car les semences hybrides interdisent le recopiage et le réensemencement. Et ces produits peuvent être nocifs car ils sont "non naturels", c'est-à-dire non en harmonie avec l'ensemble de ce qui constitue la vie. On n'a pas pris la peine et le temps de s'en préoccuper. Il faudrait aussi parler du respect de la biodiversité mais également du respect des pays du tiers-monde largement détenteurs de ce patrimoine dont l'Occident s'empare par brevetage interposé. Côtoyant des responsables du domaine de la santé, j'entends dans les couloirs des propos peu rassurants sur les cancers, les sidas et autres maladies auto-immunes qui se développent et prennent des formes inattendues. Certes, nous pouvons en prendre notre parti et crever la bouche pleine. Mais n'est-il pas plus sage et réaliste d'attirer vertement l'attention sur ce qui est en train de se jouer pour que cela ne se joue pas dans notre dos ? A ce régime qu'en sera-til des dépenses de santé et de leur prise en charge ? Vous vous plaignez des prélèvements excessifs de la Sécurité Sociale et en même temps vous craignez qu'elle ne disparaisse. Elle peut effectivement cesser d’exister, un jour ou l'autre, pour cause de faillite.

Eh bien, c'est tout un processus de vie en société qui est en débâcle et qui peut nous mener, les uns et les autres, à la faillite de nous-mêmes aussi. La solution n'est pas de faire des manifestations pour ce qui est déjà en ruine.
Manifestons en actes, par nos manières de vivre, pour demeurer seulement comme les nôtres en bonne santé. Le "transgénique" généralisé est donc une farce, qui risque d'être pour nous et nos successeurs une farce tragique. Il n'a jamais été demandé par les consommateurs, il leur est imposé. En même temps qu'une approche technique, c'est une approche anthropologique et économique que nous devons conduire. Même si on ne nous le dit guère, n'oublions pas que les enjeux sont économiques, politiques et planétaires. Les enjeux sont financiers et sanitaires, etc. Par nos manières de vivre, nous créons collectivement nos problèmes. Alors c'est à nous de les résoudre.
Prenons un autre exemple. Dans la presse, nous avons des échos d'un nouveau problème : celui de la résistance aux antibiotiques. Dans nombre d'élevages forcés on utilise les antibiotiques, on inclut dans tel maïs un gène de résistance à tel antibiotique. A quoi donc jouons-nous ? Nous sommes tous des "mutés" ou mutants Dès que vous avez un petit bobo, vous vous précipitez chez votre médecin et vous consommez des antibiotiques de façon répétitive. Or les antibiotiques sont faits pour constituer un rempart contre des maux résistants, mais une frappe rapide. Si vous vous inondez d'antibiotiques, votre corps devient hyper-résistant. Ce qui veut dire que vous êtes "mutés" ou mutants. Vous devenez insensiblement des hommes et des femmes génétiquement modifiés et cela peut vous mener sur des chemins inattendus et peu désirables. Oh, ne vous imaginez pas avec trois yeux ou avec quelques bras en plus ! Il est bon d’attirer l'attention sur les inter échanges constitutifs de notre vie corporelle, sur les mutations géniques que nous pouvons provoquer en nous, en usant et abusant inconsidérément de certains produits.
Quand nos terres seront inondées de nouvelles générations végétales hyper-résistantes, nous aurons aussi des bactéries et des virus hyperrésistants à tout traitement. Alors il sera un peu tard pour prier et pour nous réfugier dans les temples si des pans entiers de populations disparaissent. Les historiens parleront d’une épidémie de peste nouvelle. Déjà des cas de nouvelles infections graves existent et de redoutables ennemis apparaissent puisque nos connaissances actuelles ne permettent plus de les combattre. On a beau avoir découvert quelques gènes, quelques centaines de gènes, nous trouverons, chaque jour, de nouvelles parités de gènes, de nouveaux modes de fonctionnement. Nous ne connaissons pratiquement pas leurs répercussions. Plutôt que de passer notre temps à exploiter de façon juteuse quelques bribes de découvertes permettant de modifier les vivants, ne faudrait-il pas investir pour connaître en profondeur le système génétique, ses modes d'action et d'intercommunication ? L'optique actuellement dominante nous transforme en apprentis sorciers et, par ce chemin, nous allons apprendre à être des sorciers apprentis. Gare aux dégâts si nous nous obstinons à vivre comme des idiots serviles au lieu de poser nos choix de façons de vivre.

Pr Bernard HERZOG

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