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Habitat et Environnement : Environnement > Changement climatique

Changement climatique
La situation à la veille de la conférence de Copenhague

Une interview d'Aurélien BERNIER, environnementaliste


Quelles sont les mesures actuellement en vigueur pour intégrer la problématique du réchauffement climatique dans notre modèle de société ?
Ce qui est en vigueur actuellement ce sont principalement les accords du protocole de Kyoto conclus en 1997. Dans le cadre de ces accords, les pays industrialisés ont accepté de réduire globalement leurs émissions de gaz à effet de serre dans une proportion toutefois relativement faible puisque l'engagement à la baisse n'est que de 5,2%. De plus, cet engagement de réduction s'applique uniquement aux pays de l'OCDE, Organisation de Coopération et de Développement Économiques, et aux pays d'Europe de l'Est. En revanche, il ne s'applique pas aux pays du Sud ni aux pays émergents qui l'ont refusé en évoquant la responsabilité historique des pays industrialisés en la matière et en demandant que les premières mesures soient d'abord prises par ces mêmes pays.
Par ailleurs, les engagements pris à Kyoto ne sont pas réellement contraignants puisqu'il n'existe aucune sanction en cas de non respect. Leur application relève du volontariat et de la bonne foi des pays signataires.

Quel est l'objet de la conférence de Copenhague ? Quelles sont les apports, les limites et les écueils des mesures actuelles ?
L'objet de la conférence de Copenhague est de déterminer les modalités pour l'après protocole de Kyoto car ce protocole est applicable sur la période 2008-2012 et, aujourd'hui, rien n'est écrit sur l'après 2012. C'est pour cette raison que les États se réunissent à nouveau afin de définir comment continuer la lutte contre le changement climatique.
Cette conférence va se dérouler dans un contexte très délicat puisque, d'une part, les objectifs du protocole de Kyoto n'ont pas été atteints par un grand nombre de pays comme les États-Unis, l'Australie, le Canada, l'Espagne ou encore le Portugal, et, d'autre part, les émission de gaz à effet de serre à l'échelle de la planète ont globalement fortement augmenté, de l'ordre de +25 à +30% entre 1997 et 2007.
Il se trouve que les États industrialisés n'arrivent pas à réduire suffisamment leurs émissions. Mais surtout, ces pays sont dans un processus de désindustrialisation qui consiste à transférer les industries des pays occidentaux vers les pays émergents et donc à délocaliser non seulement les activités mais encore la pollution qu'elles génèrent. Dans le même temps, le commerce international s'intensifie, ce qui induit plus de production et plus de transport et augmente encore les gaz à effet de serre (fabrication des pièces dans un pays, assemblage dans un pays différent et vente du produit dans un autre endroit de la planète).
Le problème c'est que, dans les négociations, que ce soit à Kyoto ou à Copenhague, personne ne veut poser la question du commerce international, personne ne veut remettre en cause cette mondialisation et ce productivisme. Donc les négociations sont menées sur de mauvaises bases puisque l'on considère uniquement les gaz à effet de serre produits sur le territoire de chaque pays sans tenir compte des impacts des importations.
La solution mise en place par les États pour montrer qu'ils faisaient quelque chose pour la planète, sans toutefois remettre en cause les principes du libre échange, a été de créer la bourse du carbone (ou marché des gaz à effet de serre). Cette solution a été largement inspirée par un lobbying pressant des grandes puissances économiques. Il s'agit de délivrer des droits à émettre des polluants : des quotas d'émission de gaz à effet de serre, ces droits étant attribués par les États aux entreprises industrielles. Les entreprises peuvent ensuite vendre les droits qu'ils ont reçu gratuitement ou encore acheter des droits supplémentaires, ce qui constitue la bourse du carbone. Ce marché a été décidé en 1997 à Kyoto et un des objectifs de Copenhague est d'étendre ce marché du carbone à d'autres activités comme l'agriculture ou la gestion des forêts. L'objectif ici est de monétariser l'environnement via ces droits à polluer.

Quelles sont les solutions idéales qui auront à la fois un impact mesurable sur le changement climatique et une réalité économique durable ?
Cette question est très compliquée parce qu'elle oblige à réfléchir complètement différemment. La principale difficulté vient du fait que le système est mondialisé et totalement dérégulé : les marchandises et les capitaux peuvent circuler sans entrave. La priorité politique a été donnée au commerce et même le droit de l'OMC, Organisation Mondiale du Commerce, ne tolère aucune règlementation environnementale contraignante. Un pays, par exemple, ne peut pas interdire l'importation de produits issus d'une agriculture qui détruit l'environnement.
Cette priorité au commerce international a donné le pouvoir aux grandes multinationales qui peuvent aujourd'hui faire du chantage aux délocalisations : s'implanter dans les pays où il est possible de polluer et refuser des mesures contraignantes dans les pays occidentaux en menaçant de délocalisation. Donc la première chose à faire serait de casser ce chantage aux délocalisations en les rendant dissuasives, par exemple en taxant les productions réalisées dans des pays à bas coût de main d'œuvre et sans respect de l'environnement. Ce qui ne serait pas marginal : aux États-Unis, 60% des importations chinoises proviennent d'entreprises américaines qui y ont délocalisé leur production. La mise en place de taxes, de quotas ou même d'interdictions sur l'importation de certains produits entrainera une relocalisation des activités puisqu'il n'y aura plus d'intérêt à délocaliser. Dans un premier temps il sera alors possible d'exercer un contrôle démocratique sur les entreprises avec la mise en place de règles sociales et environnementales propres à chaque pays, et, dans un deuxième temps, de mettre en place des accords entre États pour aller vers un mieux disant environnemental.
Plutôt que de signer des accords de libre échange, il faudrait donc commencer à mettre en place des accords pour un commerce juste et régulé avec des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, accords qui pourraient s'accompagner d'une assistance mutuelle entre États avec des transferts de technologies et des coopérations permettant d'atteindre les objectifs de réduction. Mais c'est une logique complètement différente de celle que nous connaissons aujourd'hui et le premier pas à faire est de sortir du libre échange.

Quelles sont les solutions qu’il est réaliste d’implanter en l’état actuel des économies ?
En ce moment, on observe une baisse conjoncturelle des gaz à effet de serre due à la période de récession que nous traversons, mais on voit également avec quelle rapidité le système peut se remettre en place et, lorsque l'économie va repartir, rien n'aura changé. Le schéma va se reproduire, voire s'aggraver.

   


La crise économique a accéléré la délocalisation des industries, notamment l'industrie automobile qui était encore relativement bien implantée dans les pays industrialisés et qui a saisi l'opportunité de la crise pour délocaliser dans des pays à bas coûts de main d'œuvre. Tout ce que les libéraux ont refusé de mettre en place au moment de la crise aurait permis non seulement d'éviter que la crise se reproduise, mais encore d'avoir des avancées au niveau du climat. Le fait de réguler le commerce international, de limiter l'impact de la finance, de nationaliser certaines activités et de les placer sous contrôle démocratique étaient des mesures qui avaient du sens. Mais il n'existe plus aucune illusion sur ce plan là. Il y a donc de quoi être pessimiste à la veille de Copenhague.

Pensez-vous que des décisions significatives vont être prises à Copenhague ?
Tout le monde a le nez dans la sortie de la crise et les dirigeants ne se sentent pas concernés. Il n'est d'ailleurs pas certain que les chefs des grands État soient présent à Copenhague, il est même probable que seuls leurs ministres y assistent. Il pourrait ne pas y avoir d'accord, mais simplement une déclaration de politique générale sans engagement sur des chiffres.
Ce n'est pas très encourageant, mais ce que la période de crise à montré c'est que les grandes questions environnementale et les grandes questions sociales sont complètement liées et que l'on ne résoudra pas la crise environnementale sans toucher à l'organisation du système économique, ce qui implique en particulier de remettre en cause l'OMC.

L'Europe n'a-t-elle pas un rôle à jouer ?
Tels que sont établis ses traités et au regard de sa jurisprudence, elle joue le même rôle que l'OMC vis à vis des États membres : elle interdit de mener des politiques autres que l'ultra libéralisme. Elle n'est donc pas prête à imposer des taxes sur les importations en fonction de critères sociaux et environnementaux. La seule solution réside dans l'avènement d'un gouvernement courageux qui mette en place une véritable politique alternative, comme certaines initiatives prises actuellement en Amérique du Sud (Bolivie, Équateur, Venezuela,...). Ils est en train de se créer un système régional basé sur d'autres valeurs : logiques de coopération, développement des services publics, refus du dumping et de la spéculation, création d'une monnaie d'échange locale qui leur est propre et dont ils ont le contrôle. Ce qui induit naturellement des échanges plus juste. C'est dans ce sens là qu'il faut regarder, cela nous montre ce que devrait être une nouvelle organisation économique qui puisse résoudre à la fois les problèmes sociaux et environnementaux.

L’opinion publique se mobilise : des pétitions circulent, des actions militantes sont organisées, des sondages montrent une prise de conscience toujours plus importante des problèmes de réchauffement climatique. Que faut-il de plus pour insuffler aux hommes politiques le courage de prendre des mesures fortes ?
Je pense qu'il faut arrêter d'avoir un discours qui se limite aux responsabilités individuelles. Ce discours, aujourd'hui très construit puisque l'on est passé de l'industriel pollueur des années 1970 au citoyen pollueur des années 2000, dépolitise la crise environnementale et détourne le regard. Les mouvements écologistes qui vont à Copenhague et qui demandent aux États de prendre des engagements pour réduire les émissions des gaz à effet de serre s'adressent à des gens qui ne veulent absolument rien changer à des règles qu'ils ont eux-même établies. Par ailleurs, le lobbying des grandes multinationales est de plus en plus présent sur les conférences internationales traitant des questions environnementales.
Il faut donc aller au delà et demander des mesures concrètes. La première chose à faire serait de demander la fermeture du marché du carbone qui crée une bulle spéculative sur la pollution ce qui est extrêmement pervers. Ensuite il faut revendiquer des choses beaucoup plus concrètes comme stopper les importations de produits qui créent des désastres environnementaux - citons par exemple le soja utilisé pour l'alimentation des animaux et dont la culture détruit la foret amazonienne. Ou encore, une idée relativement simple à mettre en œuvre, qui est de conditionner tout marché public à des critères sociaux et environnementaux. Ce sont des revendications profondément politiques qui me paraissent beaucoup plus fortes que de réclamer plus d'énergies renouvelables. On peut couvrir les pays occidentaux d'énergie renouvelables, mais ça ne changera pas le système économique qui permet que l'on déforeste l'Amazonie pour produire du soja. Il faut aller sur des choses plus ambitieuses et plus précises.
Tant qu'on ne redonnera pas la capacité de négociation aux politiques et donc au peuple, les négociations seront manipulées par les grandes puissances économiques et orientées vers la « croissance verte », c'est à dire continuer à produire au maximum en produisant des choses un peu moins polluantes pour pouvoir produire plus longtemps. Il faut qu'un gouvernement local instaure une politique de rupture.

Quel est votre parcours ?
Je suis environnementaliste de métier. J'ai travaillé pendant 10 ans pour l'ADEME, l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie. Et depuis deux ans, je travaille dans le service Environnement d'une collectivité locale. Sur le plan de l'engagement personnel, j'ai milité dans une grande association alter mondialiste sur les dossiers des OGM et de l'agriculture. Puis j'ai travaillé sur le marché des droits à polluer et sur les politiques environnementales internationales, et ces travaux m'ont amené à écrire un livre sur ce sujet. Je fais aujourd'hui partie du Mouvement politique d'éducation populaire (M'PEP).

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