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Solidarité : Relocalisation > La souveraineté alimentaire

La souveraineté alimentaire

Replacer le projet CHASAADD-Cameroun dans un cadre international
Compte-rendu d'une intervention de Susan GEORGE au nom de l'association ATTAC, en soutien au documentaire réalisé au Cameroun par Denys PININGRE


On parle depuis au moins 15 ans à la FAO (Food and Agriculture Organization : organisation des Nations Unies pour l'agriculture et l'alimentation) de sécurité alimentaire, ce terme a une définition qui est de l'ordre des droits de l'homme : « toute la population a, en tout temps, un accès matériel et socioéconomique garanti à des aliments sans danger et nutritifs en quantité suffisante pour couvrir ses besoins alimentaires, répondant à ses préférences alimentaires, et lui permettant de mener une vie active et d’être en bonne santé ».
La sécurité alimentaire est un minimum, mais il faut aller au delà en évoquant la souveraineté alimentaire qui est un concept défendu par les altermondialistes, et notamment par l'organisation internationale paysanne Via Campesina dans les forums sociaux mondiaux. La souveraineté alimentaire est un droit international qui laisse la possibilité aux pays ou aux groupes de pays de mettre en place les politiques agricoles les mieux adaptées à leurs populations sans qu'elles aient un impact négatif sur les populations d'autres pays. Elle constitue donc une rupture par rapport à l'organisation actuelle des marchés agricoles mise en œuvre par l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce). La souveraineté alimentaire favorise notamment le maintien d'une agriculture vivrière de proximité, destinée en priorité à alimenter les marchés régionaux et nationaux. Dans ce concept, c'est le peuple qui est souverain, il décide du mode de production de la nourriture, des intrants utilisés (engrais, produits phytosanitaires, ...), de qui doit la produire, du lieu où elle sera consommée, il décide également du mode de commercialisation s'il y a des surplus. Certains pays assurent une parfaite sécurité alimentaire mais n'ont aucune souveraineté, c'est le cas par exemple des pays exportateurs de pétrole. L'objectif est de ne pas être victime des choix d'autrui et de maîtriser son approvisionnement. Le Cameroun par exemple a été victime du choix de l'implantation de monocultures de cacao et du fait que le mode d'exploitation a été imposé obligeant l'utilisation de produits chimiques. Il a donc du importer la plupart des aliments de consommation quotidienne.

Au printemps 2008, tous les jours dans les médias, on pouvait entendre parler des émeutes de la faim et de leurs causes. Ces émeutes avaient 2 caractéristiques tout à fait nouvelles :
1. C'est un phénomène de la mondialisation : 33 pays ont été affectés, du Bangladesh à la Bolivie, mais également des pays d'Afrique de d'Asie.
2. Ce sont des émeutes urbaines : Il s'agit d'anciens paysans qui ont été dépossédés de leurs terres et qui ne sont pas intégrés à la ville. Ils vivent dans des no man's land à la périphérie des villes. Ces gens sont totalement dépendants de l'importation des produits alimentaires.
Or les prix de ces produits ont flambés. Pourquoi ?

Voici les différentes causes évoquées complétées d'une analyse de leur pertinence :
  • Le climat ou la sécheresse qui réduit le volume des récoltes :
Il est vrai que la récolte de blé en Australie a été catastrophique en 2008 à cause de la sécheresse et que des inondations dans le middle west américain ont fait diminuer la récolte de maïs. Cependant lorsque l'on considère les récoltes globalement au niveau mondial, , chacun sait qu'il y aura systématiquement chaque année des incidents climatiques qui vont réduire le volume final. C'est une constante inhérente à la pratique de l'agriculture. Ce ne peut donc pas être la cause principale des problèmes rencontrés en 2008.
  • Le prix du pétrole qui a des impacts direct sur les intrants agricoles :
L'augmentation du prix du pétrole a effectivement affecté les grands producteurs : les fermes mécanisées dépendent beaucoup des engrais chimiques ou des pesticides, or le baril est passé de 40$ à 140$. Certes cela joue, mais ce n'est pas un facteur principal.
  • L'augmentation de la consommation des classes moyennes nouvellement enrichies en Inde et en Chine qui ponctionne une part plus importante du volume de production global :
C'est George Bush qui a évoqué cette « cause » dans une conférence de presse énonçant ce qui suit : « Quand vous obtenez des richesses, vous voulez tout de suite manger mieux. C'est ce que font les Indiens qui veulent manger comme des américains. Il faut savoir que la classe moyenne indienne comptabilise 300 millions de personnes ce qui correspond à la totalité de la population américaine.». Cette allocution a été relayée dans le monde entier et prise pour une vérité. Mais en réalité, elle est fausse : l'Inde est exportatrice nette de produits laitiers et de viande et elle avait réduit ses importations de blé en 2008. Les Indiens ont privilégié depuis longtemps une production de type révolution verte, c'est à dire une production intensive basée sur des variétés à haut potentiel de rendement et sur l'utilisation de pesticides et d'intrants industriels et, malgré des impacts sociaux critiquables, ce choix a permis d'améliorer sa production et l'Inde est à présent auto-suffisante en céréales. Les graphiques de la FAO sur les importations de l'Inde, comme de la Chine sont plats. Pour ne pas avoir de problèmes avec son alimentation en 2008, la Chine a d'ailleurs arrêté net tout usage d'agrocarburant pour être sure d'avoir suffisamment de céréales.



  • Les agrocarburants qui ont soustrait des terres au maïs, au soja et à d'autres céréales :
Voilà une vraie cause. La politique de l'administration Bush au sujet des agrocarburants plait à tous aux Etats-Unis car les américains sont structurellement très dépendants de leur voiture. De nombreuses usines ont été mise en place pour produire de l'éthanol à partir de maïs. Jusqu'à un tiers des terres à maïs ont été consacrées à la production d'agrocarburants, ce qui retire autant de matière première pour alimenter la production de viande. Les agriculteurs américains sont ravis, ils ont augmenté leurs revenus de 50%. Les Etats-Unis ont justifié cette politique au nom du changement climatique. Il faut savoir que ce n'est qu'un faux prétexte car la production d'agrocarburants crée en réalité beaucoup plus de gaz à effet de serre qu'elle n'en économise en se substituant au pétrole.
  • La spéculation qui a enflammé les marchés :
C'est le plus grand facteur. La crise financière actuelle est le résultat d'une bulle immobilière. La bulle des hypothèques (subprimes) sur des maisons achetées par des gens qui n'en avaient pas réellement les moyens. Pour l'anecdote, les prêts accordés à ces acquéreurs étaient appelés par les professionnels des prêts à neutron car ils fonctionnent comme une bombe nucléaire : ça détruit les gens et ça laisse les bâtiments intacts. Les financiers pensaient que les prix allaient continuer à augmenter comme cela a eu lieu depuis 8 ans et que la revente des biens hypothéqués couvrirait largement le montant prêté initialement. Quand la bulle des subprimes a éclaté, les spéculateurs se sont retournés vers les denrées alimentaires.
Aux Etats-Unis, les denrées alimentaires sont échangées sur une dizaine de marchés dont Chicago est le plus important. Pour être sûr d'avoir le budget de leurs intrants pour l'année suivante, les agriculteurs vendent leur récolte de l'année avant qu'elle soit produite. Et, à l'autre bout de la chaine, les transformateurs/distributeurs achètent d'avance des contrats de livraison pour connaître au plus tôt le prix des matières premières. Autour de cela, il y a des spéculateurs qui parient sur la montée ou la descente des prix. Avec ces acteurs on avait une idée précise de ce que l'on faisait, car ce sont les acteurs directement concernés par ces marchés.
Mais, en 2008, il a été investi sur ce marché vingt fois les montants investis en 2003, déséquilibrant complètement l'offre et la demande. Une nouvelle loi de 2000 avait écarté toute régulation des marchés alimentaires au profit des spéculateurs qui peuvent désormais prendre des positions démesurées. Trop de demandes correspondant à trop peu d'offres ont entrainé une flambée des prix avec des pics insoutenables : le maïs a triplé, le riz doublé, le blé a augmenté de 30% en une seule journée ! Et c'est à ce prix là que ces nourritures sont vendues dans le monde à des gens qui dépensent déjà 80% de leurs revenus pour s'alimenter. C'est cela qui a déclenché la plupart des émeutes de la faim.
  • Le commerce international et nos propres politiques en Europe :
Les programmes d'ajustement structurel du Fonds monétaire et de la Banque mondiale ont systématiquement œuvré à déposséder les états des pays pauvres de tous leurs moyens d'intervention. Prenez l'exemple du Niger qui a connu une famine en 2005 car les services vétérinaires ou encore les transports ont été privatisés, donc les paysans n'avaient pas les moyens de faire vacciner leurs bêtes ou d'acheminer leurs production sur les lieux de vente et ils ont dû emprunter à des usuriers pour s'en sortir. Cette politique a profondément affaibli la paysannerie. Et que dire des politiques d'exportation qui pratiquent le dumping international sur les produits alimentaires qui, parce qu'ils sont subventionnés, sont vendus moins cher que les produits locaux.

Maintenant, nous sommes définitivement entrés dans une période de vulnérabilité des matières alimentaires. Si nous ne préservons pas nos souverainetés alimentaires locales, nous serons à la merci des décisions d'autrui. La spéculation peut se reproduire si les spéculateurs décident que le marché alimentaire est un lieu d'investissement rentable. Sans connaitre particulièrement la situation internationale, les Camerounais que l'on voit dans le film de Denys Piningre ont compris qu'il fallait créer un secteur alimentaire qui apporte la santé et le bien-être dans les villages et qui permette à terme le développement d'un secteur dynamique.

Susan George est politologue, présidente du Conseil d'Administration du Transnational Institute (Amsterdam), un institut de recherche décentralisé dont les membres se consacrent à l'étude des rapports Nord-Sud et sont engagés dans la société civile et la vie associative de leurs pays respectifs. Elle est également présidente d’honneur d'ATTAC-France.

Dernier commentaire

par audita le 31/08/2014

super


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