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Corps et Esprit : Evolution personnelle > Il n'y a pas de parent parfait

Il n'y a pas de parent parfait

Une interview d' Isabelle FILLIOZAT, au sujet de son livre du même nom


Dans votre livre vous faites prendre conscience au parent que ce qui s'est passé dans sa propre vie et sa propre enfance influe de manière importante, souvent à son insu, sur sa relation avec ses enfants. Pensez-vous que la levée de cette dépendance puisse se passer d'une psychothérapie ?

Cette question qui revient assez souvent comme s'il fallait forcément se passer de psychothérapie. C'est sûr que l'on peut faire son propre pain sans aller chez le boulanger ; on peut faire soi-même des tas de choses. Mais on va forcément mettre plus longtemps et galérer d'avantage. Ce qui m'intrigue c'est cette peur de la thérapie qui continue à rester présente dans notre société. Alors que la thérapie a développé des outils extrêmement aidants et que c'est un parcours qui nous permet de résoudre les problèmes relativement rapidement. Évidemment, on garde peut-être en tête la psychanalyse classique dans laquelle on pouvait rester des années sans résoudre ces difficultés, mais ce n'est vraiment plus le cas avec les nouveaux psy.


D'où vient cette peur et s'il y a une peur, comment peut-on faire pour la lever ?

Je pense que c'est une histoire de rencontre. Plus les psy vont être abordables, faciles d'accès et expliquer leur métier, plus la peur diminuera. Ce qui se passe c'est que ce dont on n'a le plus peur, ce n'est pas tant du psy que de découvrir sa propre histoire. Ce qui fait peur c'est de découvrir que si l'on est devenu la personne que l'on est, c'est suite aux aménagements que l'on a fait au cours de notre histoire et c'est parce que l'on a cherché à oublier un certain nombre de choses. On a cherché à ranger nos souffrances, à les canaliser, à les garder secrètes, à les faire taire. On sait qu'une thérapie va nous amener à réouvrir toutes ces blessures et donc on n'en a pas forcément envie. On se dit « j'ai réussi à survivre malgré tout cela, à ranger tout cela et à pas trop en souffrir, et bien, je n'ai pas trop envie d'y aller ».


Dans l'anecdote de la file d'attente à la poste, vous racontez votre tentative d'intervention auprès d'une maman qui perd patience avec son fils. Avec le recul, quels conseils pourriez-vous donner pour réagir dans ce type de situation, à part avoir toujours à portée de main votre livre pour le distribuer !

En fait, je pense que je tenterais d'avoir à portée de main, plutôt qu'un livre, le fascicule en cours de réalisation par le conseil de l'Europe sur la toxicité de la fessée. L'objet de ce fascicule est d'informer sur le fait qu'il y a d'autres façons de faire, d'autres méthodes. Avec le recul, en fait, il n'y avait guère d'autres options rapides. La meilleure option aurait été que je m'approche d'elle dès le début plutôt que d'attendre et de regarder, et que je crée un lien avec elle pour faire cesser la violence. Le problème n'était pas l'enfant, on a toujours tendance à se tourner vers la victime, mais le problème était que la maman était mal à l'intérieur d'elle. En établissant ce lien avec elle, en parlant avec elle, ça aurait probablement permis un autre contact.


Vous évoquez la violence éducative physique et verbale, au delà de sa toxicité, vous soulignez son inefficacité. Qu'est-ce qui vous amène à ce constat ?

Tous les parents qui utilisent la violence le constatent. Beaucoup d'études ont été menées sur ce sujet, peu en France, mais on en trouve en Suisse, en Angleterre et aux États-unis par exemple. A chaque fois les études constatent clairement que les menaces, les punitions, la méthode autoritaire, permettent un pic de progrès instantané puis les changement des enfants descendent en dessous du niveau prévu initialement. Alors qu'une méthode plus accompagnante permet à l'enfant de progresser plus régulièrement. A partir du moment ou je suis dans l'obligation d'exercer de la violence sur quelqu'un, c'est que ce que je lui demande est injuste et inapproprié, parce que sinon, je n'aurais pas besoin d'exercer de la violence.

  


C'est inefficace parce que ça ne s'adresse pas au vrai problème et donc, la seule chose que l'on peut obtenir avec de la violence est uniquement de la soumission. Et la soumission n'est jamais une transformation en profondeur. D'abord, elle mobilise tout autant de rébellion juste à côté, donc l'enfant se braque en même temps. Il se soumet, mais, à côté de cela, il construit de la haine qui va ressortir un jour dans quelque chose, soit contre lui-même, soit contre autrui.


Votre approche est très pragmatique, elle amène à constater que ce qui manque au parent avant tout, c'est une formation sur les démarches éducatives, sur les alternatives à la violence notamment. Qu'est ce qui pourrait être mise en place pour aider les parents ?

La seule formation que l'on a aujourd'hui est celle que nous ont donné nos parents et qui n'est pas forcément une très bonne formation. Le problème c'est que nous n'avons à notre disposition que des images, des modèles qui ne sont pas très efficace et qui nous ont fait mal, ce dont on a d'ailleurs pas forcément conscience. Donc il n'y a guère d'option. Aujourd'hui, il commence à apparaître dans la littérature un peu plus d'information sur la réalité de ce que vit un enfant. Dolto a fait une grande révolution par rapport à cela en apportant un regard sur ce que vit un enfant. Mais il reste tout de même que nous disposons d'assez peu d'outils concrets. Les parents se disent qu'il ne doivent pas faire comme ceci ou comme cela mais il ne savent pas très bien comment faire concrètement sur le terrain. Souvent ils sont démunis devant l'enfant, ils ne savent pas comprendre ce qui se passe pour l'enfant. On croit parfois qu'un enfant a déjà un cerveau d'adulte en miniature et donc on attend de lui qu'il réfléchisse, qu'il soit conscient de ses actes, qu'il fonctionne différemment de ce qu'il fonctionne alors qu'il ne peut pas faire autrement que ce qu'il fait, donc on a souvent des attentes irréalistes.
Il faudrait simplement donner des informations aux parents sur ce qui se passe à l'intérieur de l'enfant, par exemple dans la construction des images mentales, à quel age un enfant devient capable de comprendre une consigne, un interdit. Cela éviterait aux parents de répéter 25 fois un interdit que l'enfant n'est pas en mesure d'intégrer et, en plus, de lui reprocher ensuite. C'est ce qui se passe dans certains pays qui se sont dotés d'une loi contre la fessée, ils n'ont évidemment pas élaboré tout un arsenal de répression contre les parents, mais ils ont développé des outils d'information : des fascicules, des spots télévisuels, tout ce qui permettent de doter les parents d'informations pour qu'ils aient des alternatives. Très souvent, les parents disent « mais si je ne lui donne pas de fessée alors qu'est-ce que je fais, je ne peux quand même pas le laisser tout faire ». En effet, il ne s'agit pas de laisser faire, il s'agit de faire différemment. Concrètement ce qui manque ce n'est pas la volonté, si les gens ne savent pas apprendre autrement, c'est qu'ils ne savent même pas que c'est possible. Ils vont défendre la fessée en croyant qu'il n'y a pas d'autre solution. C'est seulement quand on leur montre qu'il y a d'autres solutions qui fonctionnent qu'ils font évoluer leur pratique éducative.



Retrouvez également la note de lecture de cet ouvrage dans l'espace Chemin de thérapeute

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