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Le corps et l'esprit

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Le corps, Le souffle et la pensée

Le yoga postural, par Wilfrid DELNORD


Le mot "yoga" évoque pour la plupart des gens l'image d'un ascète squelettique dans une posture digne d'un contorsionniste. A ceux qui seraient tentés de creuser la question, il suffira de faire un tour dans n'importe quelle librairie ésotérique pour ajouter un peu plus de confusion dans leur esprit. Ces trente dernières années, des milliers de livres aux titres racoleurs ont été publiés, qui proposent d'accéder à des techniques secrètes pour "ouvrir ses chakras" ou pour "faire monter la kundalini". Ce courant de pensée new-âge ne fait que répondre à un besoin de toute puissance présent depuis toujours chez l'homme, besoin qui est en réalité dû à un manque d'amour - si je peux accéder à ces pouvoirs, je trouverai enfin la reconnaissance dans le regard de l'autre - et ne fait que renforcer les défenses de l'ego dans sa quête absurde d'autodéification. Des titres comme "Yoga chrétien en dix leçons" - écrit par un moine bénédictin dont nous ne mettons pas une seconde en doute la sincérité - ajoutent à la confusion en laissant entendre une appartenance religieuse. Or, il n'y a pas de yoga chrétien. Dès son origine, le yoga a été repris par de multiples courants religieux et penser qu'en le pratiquant on adhère tacitement à un de ces courants, est aussi absurde que de croire que quelqu'un qui se fait soigner par l'acupuncture a des affinités avec le taoïsme qui est à son origine. La tradition du yoga s'adresse à tous les hommes, sans distinction de sexe, de race, de culture ou de croyances.
De nos jours, le culte de la raison a atteint un tel degré, qu'on peut dire que le corps fait parti de l'inconscient. Le réflexe est de dire "il faut faire du sport !". Certes, le sport est une bonne chose, il permet de rétablir un début de dialogue avec le corps. Mais trop souvent le corps est réduit au rôle d'esclave, il est considéré comme une bête de course à qui l'on réclame des efforts. Finalement le corps ne peut guère se manifester qu'à travers les symptômes de la maladie. On fait alors appel à l'arsenal de la médecine pour les réduire au silence. Notre propos n'est pas de dire qu'il ne faut pas se soigner, mais que dans les symptômes de la maladie, il y a un message que nous adresse le corps et une occasion de rétablir l'harmonie entre le corps et l'esprit.
La pratique de plusieurs techniques corporelles nous permet d'affirmer que l'être est constitué d'une sphère mentale, comprenant un conscient et un inconscient mental, d'une sphère corporelle, comprenant un conscient et un inconscient corporel, et d'une sphère émotionnelle qui est à la jonction des deux autres. L'ensemble constitue l'unité psychosomatique. Nous ne faisons qu'exprimer dans des termes modernes, ce que de nombreuses traditions nous ont transmis à travers à travers des concepts comme corps, âme et esprit, concepts que la science a rapidement relégués au rang des superstitions et autres croyances moyenâgeuses. Personnes ne contestera les progrès accomplis par la science, mais force nous est de constater qu'elle a, de par son côté réducteur, fermé de nombreuses portes à la recherche. Les pratiques corporelles ayant pour objet de rétablir l'harmonie de l'être psychosomatique sont nombreuses. Nous prendrons comme exemple le yoga à travers trois de ses aspects : le yoga postural, le yoga respiratoire et le yoga du son.

Le yoga postural
Les postures du yoga ont un côté contraignant qui peut surprendre. le moins qu'on puisse dire est qu'elles sont rarement confortables au premier abord et c'est précisément en ça qu'elles agissent comme un puissant révélateur, en obligeant l'énergie à circuler par des chemins inhabituels, elles nous font prendre conscience des tensions qui y font obstacle. Ces tensions forment des sortes barrages entre des zones saturées et des zones carencées destinés à protéger ces dernières d'un apport massif d'énergie qui détruirait leur structure trop fragile. La posture libère une partie des tensions qui contraignent le corps et provoque une remontée de la mémoire traumatique sous forme d'images ou d'émotions jusqu'à la conscience mentale. Par mémoire traumatique, nous entendons les différents conflits qui de part les contraintes familiales, sociales, du moment n'ont pas pu être exprimés et sont donc stockés dans le corps sous forme de stases en attendant de pouvoir être résolus. Ces tensions ont donc un rôle de fusible. On ne saurait donc être trop prudent lorsqu'on enseigne une technique corporelle comme le yoga, ou lorsqu'on pratique une de ces nombreuses techniques de massage destinées à dénouer les tensions du corps. En effet, l'élève ou le patient risque de se retrouver submergé par des émotions susceptibles d'ébranler sérieusement sa structure identitaire. Le nombre de pathologies mentales qui se caractérisent par une perte de conscience des limites du corps, nous permet d'affirmer que c'est le corps qui est le garant de la stabilité psychique.





La notion de dualité corps / esprit existe depuis l'antiquité. Elle se trouve à l'origine de nombreux courants de pensée dichotomiques. Des expressions comme "être mal dans sa peau" ou "à l'étroit dans son corps" sont très parlantes. Le corps saturé par la mémoire traumatique des conflits non résolus est perçu comme une prison et on est alors tenté de s'en échapper, d'où l'engouement pour le "voyage astral" et autres pratiques destinées à sortir de son corps.
Que le corps ou le psychisme expriment leurs traumatismes par des tensions, tient à ce que toute vie incarnée s'exprime par une tension qui exprime la première séparation cellulaire et donc le premier conflit. Il est important de comprendre que le conflit a pour objet de définir les limites d'une structure. Dans la création de l'embryon, nous passons d'un monde indifférencié à une première cellule dont la membrane trace la limite entre monde intérieur et monde extérieur. Le conflit permet de définir l'identité d'une structure qui n'a pas conscience de ses contours. Le conflit est nécessaire à la perpétuation de la vie et à l'affirmation de l'identité. Ce qui nous permet de comprendre que la dualité corps-esprit - ou conscience corporelle-conscience mentale - est la condition sine qua non au fonctionnement de l'être incarné.
Pour l'être dont les contours identitaires sont mal définis, entrer en conflit avec l'entourage est une tentative de reconnaissance de soi à travers les résistances à l'envahissement de l'autre. Lorsque les contraintes de l'entourage sont trop fortes pour permettre à un conflit de s'exprimer, il ne reste plus que la pathologie - qui s'exprime toujours sur le terrain double du psychisme et du corps - pour mettre une barrière entre soi et les autres. La principale cause de souffrance se manifeste lorsque le conflit ne peut pas être exprimé, non pas parce qu'il est réprimé, ce qui est déjà une situation d'expression, mais parce qu'il n'y a personne pour l'entendre. Si on se place à l'échelle d'un pays comme le Japon, où les gens sont conditionnés dès le plus jeune âge à exprimer non pas leurs émotions, mais les émotions qu'on attend d'eux, il est intéressant de constater le succès d'un réalisateur comme Takeshi Kitano, dont les personnages inexpressifs, pour ne pas dire autistes, n'ont trouvé comme réponse à leur souffrance, que l'inhibition, ou abandon de la mémoire traumatique, ce qui revient à un abandon d'une partie du corps et à une négation de la personnalité profonde.

La posture a pour fonction de rassembler la conscience et de définir ses contours physiques et psychiques, ce qui est une manière de mettre une frontière entre soi et le monde. D'une façon générale, on peut dire que le corps véhicule la personnalité innée, tandis que le mental véhicule la personnalité acquise par les contraintes de l'éducation, de l'environnement familial, social, ethnique, etc. On peut parfaitement être conscient de l'origine de ses tensions, mais le formuler par des mots ne les fait pas disparaître pour autant, tandis que le travail postural entraine le relâchement des tensions musculaire et la libération des souvenirs enfouis dans le corps. De nombreuses postures du yoga exercent une extension ou une torsion de la moelle épinière, ce qui a pour effet de réveiller les souvenirs de notre propre conception et de notre vie embryonnaire.

D'une façon générale, on peut dire que plus l'identité est floue et plus le corps doit se tendre pour compenser. L'hypertrophie mentale a pour fonction de protéger et de masquer l'atrophie de l'identité corporelle. En cas de déséquilibre profond entre la sphère mentale et la sphère corporelle, la maladie aura pour fonction de maintenir la cohésion de l'être psychosomatique et d'empêcher sa destruction par perte d'identité.



Wilfrid DELNORD

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