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L'intolérance au gluten

une lutte contre la mondialisation, par Francis AMACHER


L'intolérance au gluten gagne chaque jour un peu plus de terrain. Phénomène marginal au début, le nombre des personnes pour qui il est devenu impossible de consommer des produits à base de farine de blé, seigle, avoine ou orge, ne cesse d’augmenter. . Or, le blé est une céréale abondamment utilisée dans notre alimentation moderne. Le quotidien des intolérants au gluten s'est transformé en chasse fastidieuse pour repérer parmi la multitude d’aliments préparés, ceux qui sont exempts de cette protéine exposée aux feux des projecteurs bien malgré elle. Les intolérants au gluten seraient 150 000 en France, 2 millions en Europe, 2 millions aux Etats-Unis et ces chiffres sont en hausse.

Les céréales font partie du patrimoine de l’humanité. En effet, dès la domestication des plantes, qui a débuté-il y a environ dix mille ans, les hommes ont cultivé les céréales et les ont introduites dans l’alimentation quotidienne. Dans de nombreuses civilisations, elles ont été le symbole de la prospérité à l’image des greniers à grains fleurissant le long de la vallée du Nil. Les réserves de grains ont représenté et représentent encore une sécurité alimentaire dont nous pouvons difficilement nous passer. Aujourd’hui, la demande mondiale en blé explose, l’Asie se met au pain et le blé suit les fluctuations d’un marché qui s’affole. Monnaie d’échange international le blé devient une valeur sûre depuis que les stocks mondiaux diminuent, que les biocarburants accaparent des espaces agricoles et que le réchauffement climatique met à mal les cultures. Ainsi cette céréale représente un nouvel ordre économique mondial, un ordre aux règles parfois bafouées, aux échanges injustes avec pour conséquence toutes les pressions que subissent les paysans des pays pauvres. Le blé est troqué contre du pétrole ou des matières premières, sujet d’embargo et de transactions illicites, il transite parfois entre des mains pas toujours très propres. Comme l’argent sale, le blé porte quelquefois les traces d’irrégularités financières et c’est ce même blé qui atterrit dans notre assiette.
Symboliquement les céréales représentent le père, celui qui nourrit et établit les règles dans la famille (pendant longtemps la tâche de partager le pain est revenu au père.) D’un père « essentiel » on attend des règles justes et équitables, comme on l’attend également de la société. Mais un autre dieu a pris la place et nous a poussés à l’infidélité. L’argent a remplacé toute forme de croyance: familièrement lorsque l’on parle de blé on parle d’argent.
Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que la céréale que nous consommons de nos jours a fait l’objet de nombreuses modifications génétiques alors que le blé que nous mangions, il y a à peine quarante ans, avait subi peu de changements depuis l’antiquité.

Il est intéressant de comparer le blé au Kamut, une céréale originaire de l’ancienne Egypte, dont le nom est une marque déposée signifiant « âme de la terre ». Elle est cultivée aujourd’hui de manière biologique, sans apport de pesticides ni d'engrais, et sans avoir subi de modifications génétiques. Lors de la panification le kamut contient autant de gluten que le blé. Il est cependant beaucoup mieux toléré par notre système digestif. De ce fait, nous pouvons tirer une première conclusion: les intolérants au gluten seraient plus sensibles aux changements de l’ordre du monde, en d’autres termes ils nous disent qu’ils ne veulent pas de ce blé-là, qu’ils ne veulent pas coller à ce système. Les révoltés se décollent des règles établies en devenant intolérants à la glue de la protéine du blé. Dans l’intolérance au gluten, une lutte intestine se joue entre ce que nous sommes vraiment, ce à quoi nous croyons et ce qui nous est imposé: une mondialisation de plus en plus déséquilibrée, un ordre économique auquel nous n’avons plus envie d’obéir. Autrement dit, nous n'avons plus envie « d’être roulés dans la farine ».
Chez les intolérants au gluten il existe beaucoup de colères non exprimées, des rapports conflictuels avec l’entourage et des troubles qui entraînent souvent une exclusion de la vie sociale. On constate également que les maladies auto-immunes et en général les atteintes inflammatoires de type rhumatismal diminuent, voire disparaissent lorsqu’un régime sans gluten est adopté. Derrière ces maladies se cache une règle inacceptable, une obéissance de la raison mais certainement pas du cœur. Pour pallier un sentiment grandissant de frustration, nous finissons par adopter une solution qui au final multiplie les atteintes à notre intégrité.

Le train de la mondialisation avance, certains préfèrent rester sur le quai en nous indiquant à travers leur intolérance au gluten que d’autres chemins existent, des chemins plus respectueux des identités et de l’environnement.


Francis AMACHER

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